Introduction
Nous vivons dans une société qui valorise fortement la rationalité et la justification des choix. Cette justification ne s’adresse pas tant au choix lui-même qu’à ses conséquences réelles ou potentielles. Choisir une activité physique pour ses effets positifs sur la santé, opter pour un modèle de voiture pour des raisons écologiques, sélectionner un logement pour des raisons pratiques ou encore préférer un gâteau pour le plaisir qu’il procurera sont quelques exemples de ce modèle rationnel de décision.
Que devient alors la place du choix dans la vie d’une personne qui ne peut pas expliciter ses décisions selon les critères rationnels habituellement valorisés ?
Sommes-nous réellement rationnels ?
Voilà la première question que nous nous sommes posée dans nos réflexions autour du choix. Cette conception du choix, centrée sur la justification rationnelle, tend-elle à disqualifier les choix de Shan ? Est-elle réellement le moteur des milliers de décisions prises chaque jour par l’ensemble des êtres humains ?
Choisir est un processus bien plus complexe qu’il n’y paraît : un parcours semé d’embûches que nous traversons souvent sans même les percevoir.
Dans son ouvrage consacré aux expériences transformatrices, la philosophe américaine L.A. Paul souligne que le choix d’une nouvelle expérience ne peut jamais être totalement rationnel, car nous ne savons pas à l’avance comment celle-ci nous fera nous sentir. Nous l’imaginons, et cette projection guide notre action, mais il est tout à fait possible qu’elle soit inexacte. Le gâteau au chocolat choisi parce qu’il nous semble irrésistible ne procurera peut-être pas le plaisir attendu.
Du côté des sciences cognitives, Daniel Kahneman montre lui aussi que cette rationalité parfaite n’existe pas : les biais cognitifs sont omniprésents, et avec eux les erreurs de jugement.
Si la rationalité parfaite n’existe pas, alors de quels autres outils disposons-nous pour choisir ?
L’intuition
Pour Henri Bergson, l’intuition n’est ni une impulsion irrationnelle ni un simple « feeling ». L’intelligence analyse le réel en le découpant en catégories stables ; l’intuition cherche au contraire à saisir une situation de l’intérieur, dans son mouvement et sa singularité.
Elle ne consiste pas à calculer davantage, mais à entrer en résonance avec son expérience vécue.
Pour Bergson, l’intelligence et l’intuition ne s’opposent pas : elles répondent à des besoins différents. L’intelligence est précieuse pour comparer, mesurer ou organiser. L’intuition devient essentielle lorsque nos décisions engagent notre histoire, nos émotions, nos désirs et notre manière d’être au monde.
Nous choisissons à partir d’expériences, d’habitudes, d’émotions et de désirs qui forment une continuité : ce que Bergson appelle la durée.
Le choix le plus juste n’est donc pas toujours le plus logique ; c’est parfois celui qui s’accorde le mieux avec notre trajectoire intime.
Si nos propres choix reposent largement sur l’intuition, les émotions, les habitudes et l’expérience vécue, alors la capacité à choisir ne peut être réduite à la capacité à justifier rationnellement ses décisions.
Liberté
Choisir de laisser une place à la philosophie de Bergson dans la vie de Shan, c’est comprendre que choisir est un acte différent d’un calcul et reconnaître que chaque être humain est capable d’exprimer des préférences et de faire des choix, quels que soient ses modes de compréhension et de communication.
Cette position protège la liberté de Shan.
Le philosophe Jean-Paul Sartre écrivait que l’être humain est « condamné à être libre ». Même lorsque nos choix sont contraints, imparfaits ou difficiles à expliquer, ils demeurent une expression fondamentale de notre liberté.
S’assurer que Shan a accès aux choix, c’est protéger cette liberté.
Conclusion
Les choix de Shan sont rarement accompagnés d’arguments ou de justifications. Ils s’expriment parfois à travers des préférences répétées, des refus, des élans, des habitudes ou des signes subtils que l’accompagnement apprend à reconnaître.
La question n’est pas de savoir si Shan est capable de choisir, mais si nous sommes capables de reconnaître des manières de choisir différentes des nôtres.
Fondation Shan – fondation privée – 109 Boulevard Lambermont à 1030 Bruxelles – Tél : 02-377 01 63 – Mail : info@fondationshan.be
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