Introduction
La personnalisation est, de prime abord, un concept simple, que chacun met en œuvre pour lui-même. Choisir un t-shirt d’une certaine couleur, utiliser une expression particulière pour saluer quelqu’un, privilégier un domaine d’étude, faire un choix de carrière, habiter dans un quartier plutôt qu’un autre… Vivre, c’est opérer une multitude de choix qui, mis bout à bout, dessinent progressivement une identité, une personnalité, une manière singulière d’être au monde.
Nous ne faisons d’ailleurs pas toujours ces choix de manière parfaitement rationnelle. Nous avons des goûts, des habitudes, des attirances, des aversions, des préférences parfois difficiles à expliquer. Nous choisissons aussi simplement parce que « c’est nous ».
Mais que se passe-t-il lorsqu’une personne ne sait pas opérer un choix que la norme qualifierait de « rationnel » ? Lorsqu’elle ne peut pas expliquer ses préférences, argumenter ses décisions ou construire seule les conditions permettant de les réaliser ?
Le risque est alors de glisser vers une forme de dépersonnalisation.
C’est ici que l’interrogation commence :
Shan est-elle moins une personne à part entière parce que ses capacités cognitives sont limitées ? La réponse est non, bien entendu.
Shan, comme tout un chacun, possède des préférences qui la rendent unique. Elle aime son café noir accompagné d’un chocolat, choisira volontiers une brosse à dents colorée, est une grande amie des animaux… Elle a ses habitudes, ses plaisirs, ses refus, ses curiosités et ses manières bien à elle d’entrer en relation avec le monde.
La différence est que cette singularité ne peut pas toujours se construire et s’exprimer sans intermédiaire.
Shan a besoin d’un coup de pouce pour exprimer, affiner et faire vivre son identité au quotidien. L’assistance personnelle est ce coup de pouce.
Personnaliser l’assistance ne consiste donc pas seulement à connaître une liste de préférences : « Shan aime ceci », « Shan n’aime pas cela ». Ce serait encore risquer de la figer. Une personne n’est jamais la somme d’une fiche de renseignements. Ses goûts évoluent, ses envies varient, ses réactions dépendent du contexte, de son humeur, de ses expériences et des possibilités qui lui sont offertes. Car pour préférer, encore faut-il avoir rencontré plusieurs possibilités.
Nous construisons continuellement nos goûts en découvrant de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, de nouvelles activités. Pour Shan, une partie de cette exploration dépend nécessairement des personnes qui l’assistent. Si personne ne lui fait découvrir un nouvel endroit, celui-ci ne pourra jamais devenir son endroit préféré. Si nous ne lui proposons que ce que nous savons déjà qu’elle apprécie, nous respectons ses préférences, certes, mais nous l’empêchons aussi d’en construire de nouvelles.
C’est là toute la subtilité de la personnalisation : proposer sans imposer, ouvrir des possibilités sans décider à sa place. L’objectif n’est pas de fabriquer une personnalité pour Shan, mais de lui offrir un monde suffisamment riche pour qu’elle puisse y laisser ses propres traces.
Au quotidien, cela signifie observer ce qui l’attire, remarquer ses réactions, introduire de la nouveauté, se souvenir de ce qui lui a plu, accepter qu’une préférence puisse changer et ajuster les propositions en conséquence.
Conclusion :
Ce travail peut sembler minuscule. Il se joue dans le choix d’une tasse, d’un vêtement, d’un restaurant, d’une activité, d’une musique ou d’un trajet. Pourtant, c’est précisément dans cette accumulation de petits détails que se construit une vie personnelle.
Pour Shan, personnaliser n’est donc pas un supplément de confort. Ce n’est pas rendre son quotidien « plus agréable » après avoir assuré l’essentiel. C’est lui permettre d’exister pleinement comme une personne singulière.
L’assistance personnelle protège cette singularité, mais elle contribue également à la faire grandir. Elle ne se contente pas de respecter la personne que Shan est aujourd’hui : elle crée les conditions qui lui permettent de continuer à devenir elle-même.
Parce qu’une vie réellement personnelle n’est pas seulement une vie dans laquelle on respecte les préférences d’une personne. C’est une vie dans laquelle on lui donne continuellement la possibilité d’en avoir de nouvelles.
Fondation Shan – fondation privée – 109 Boulevard Lambermont à 1030 Bruxelles – Tél : 02-377 01 63 – Mail : info@fondationshan.be
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